Découverte d’une cité perdue, peut-être à l’origine de la conquête du royaume de Midas

Par Troy Oakes
Le 29/02/2020
Vue complète du monticule archéologique de Türkmen-Karahöyük. Il semble que la ville inconnue couvrait plus d’un kilomètre carré à son apogée. (Image : James Osborne)
Vue complète du monticule archéologique de Türkmen-Karahöyük. Il semble que la ville inconnue couvrait plus d’un kilomètre carré à son apogée. (Image : James Osborne)
 

Les archéologues de l’Institut oriental ont découvert un ancien royaume perdu datant de 1400 à 600 ans avant J.-C., qui, au cours d’une bataille, aurait pu vaincre une armée phrygienne dont le royaume était autrefois gouverné par le roi Midas. L’été dernier, des universitaires et des étudiants de l’Université de Chicago, accompagnés de leurs collègues turcs et britanniques, ont mené une étude sur le site de Türkmen-Karahöyük, dans le sud de la Turquie, lorsqu’un fermier local leur a dit qu’il avait vu une grosse pierre avec d’étranges inscriptions alors qu’il draguait un canal d’irrigation voisin l’hiver précédent. Le professeur James Osborne de l’IO (Institut Oriental), l’un des plus grands centres de recherche sur le monde antique, a déclaré : «Nous nous sommes précipités là-bas, et nous pouvions voir la pierre dépasser de l’eau, alors nous avons sauté dans le canal - jusqu’à la taille, en pataugeant. Tout de suite, il était clair qu’il s’agissait d’une inscription ancienne, et nous avons reconnu l’écriture hiéroglyphique : le louvite, une langue utilisée dans la région aux âges du bronze et du fer».

Traduit par des spécialistes de l’IO, le texte se glorifiait d’une victoire contre la Phrygie, le royaume dirigé par le roi Midas, légendaire souverain antique dont on dit que tout ce qu’il touchait se transformait en or. Osborne a déclaré qu’à son apogée, la ville couvrait aux environs d’un kilomètre carré, ce qui en ferait l’une des plus grandes villes antiques de la Turquie de l’âge du bronze et du fer. Ils ne savent pas encore comment s’appelait ce royaume, mais James Osborne a déclaré que sa découverte est une annonce révolutionnaire dans ce domaine. Cet archéologue spécialisé dans l’examen de l’expression de l’autorité politique dans les villes à l’âge de fer, a déclaré : «Nous n’avions aucune idée de l’existence de ce royaume. En un clin d’œil, nous avons acquis de nouvelles informations sur le Moyen-Orient à l’âge du bronze».

Une merveilleuse trouvaille, incroyablement chanceuse

À l’occasion du projet archéologique de la région de Konya, les étudiants d’Osborne et de l’Université de Chicago ont cartographié le site, dans le cadre du projet d’étude intensive Türkmen-Karahöyük, situé dans une zone abritant d’autres villes anciennes célèbres. En évoluant autour du site, ils ont recueilli des morceaux de poteries brisées provenant de 3 000 ans d’occupation du site - une découverte riche et prometteuse - jusqu’à ce que la visite fortuite du fermier leur indique la dalle de pierre, qui n’était autre qu’une stèle.

 

C’est un fermier turc local qui a conduit les archéologues à cette pierre, à moitié submergée dans un canal d’irrigation. Des inscriptions datant du VIIIème siècle avant J.-C. sont encore visibles. (Image : James Osborne)
C’est un fermier turc local qui a conduit les archéologues à cette pierre, à moitié submergée dans un canal d’irrigation. Des inscriptions datant du VIIIème siècle avant J.-C. sont encore visibles. (Image : James Osborne)
 

Osborne a immédiatement identifié un hiéroglyphe spécial évoquant un message provenant d’un roi. À l’aide d’un tracteur, le fermier a aidé à tirer hors du canal d’irrigation la stèle de pierre massivement lourde. Elle a ensuite été emmenée au musée turc local, où elle a été nettoyée, photographiée et préparée en vue de sa traduction. Les hiéroglyphes ont été écrits en luvien, une des plus anciennes branches des langues indo-européennes. Le luvien est un système d’écriture hiéroglyphique unique, originaire de la région turque, qui se lit alternativement de droite à gauche et de gauche à droite.

Bien qu’Osborne ne soit pas expert en langue luvienne, il travaille heureusement aux côtés de deux des plus grands experts du monde en luvien : Petra Goedegebuure et Theo P.J. van den Hout, collègues de l’IO et éditeurs du Chicago Hittite Dictionary. Leur traduction a révélé que le roi mentionné sur la stèle s’appelait Hartapu, et que Türkmen-Karahöyük était probablement la capitale de son royaume. La stèle raconte l’histoire de la conquête, par le roi Hartapu, du royaume voisin de Muska, plus connu sous le nom de Phrygie - où habitait le roi Midas. La pierre se lit comme suit : «Les dieux de la tempête ont livré le roi [adversaire] à sa majesté.»

L’analyse linguistique de l’Institut oriental suggère que la stèle a été réalisée à la fin du VIIIe siècle avant J.-C., ce qui correspond à l’époque où Midas régnait. Elle répond cependant à un mystère de longue date : à une dizaine de kilomètres au sud se trouve un volcan avec une inscription en hiéroglyphes bien connue. Cette inscription fait référence au roi Hartapu, mais personne ne savait qui il était - ou quel royaume il dirigeait. Pour faire suite à une longue tradition de recherche de l’IO dans la région, Osborne planifie déjà sa prochaine visite du site, espérant dit-il terminer l’enquête cet été : «À l’intérieur de ce monticule, il doit y avoir des palais, des monuments, des maisons. Cette stèle a été une merveilleuse trouvaille, incroyablement chanceuse - mais ce n’est que le début».

Osborne a travaillé avec ses collègues Michele Massa du British Institute d’Ankara, Fatma Şahin de l’université de Çukurova et Christoph Bacchuber de l’université d’Oxford, au projet d’étude archéologique régionale de Konya pour l’exploration et l’étude du site.

 

Un aperçu de la langue luvienne, découvert lors de fouilles à proximité. (Image : Institut oriental)
Un aperçu de la langue luvienne, découvert lors de fouilles à proximité. (Image : Institut oriental)
 

Depuis sa fondation en 1919, l’IO a mené des recherches sur le terrain dans tout le Moyen-Orient, notamment des fouilles et des projets sur le terrain, des recherches linguistiques visant à décrypter des langues anciennes, à créer des dictionnaires complets, à reconstituer l’histoire, la littérature et les religions des civilisations disparues depuis longtemps et à préserver le patrimoine culturel menacé de la région. Une grande partie de ces recherches est exposée au musée IO, situé sur le campus de l’Université de Chicago et qui abrite la plus grande collection d’anciens objets du Moyen-Orient aux Etats-Unis, avec 350 000 objets. Pour en savoir plus, consultez le site web du OI centennial website.


Fourni par : Louise Lerner, University of Chicago (Note : le contenu et la longueur des documents peuvent être modifiés).

Traduit par Fetty Adler

Version en anglais : Archaeologists Find Lost City That May Have Conquered the Kingdom of Midas