La vie secrète des jardins : de l’Antiquité à nos jours (1)

Par Catherine Keller
Le 12/04/2020
Les jardins de l’Antiquité avaient tous pour point commun d’être des lieux rapprochant des Divinités. (Image : woshinidayess / Pixabay) 
Les jardins de l’Antiquité avaient tous pour point commun d’être des lieux rapprochant des Divinités. (Image : woshinidayess / Pixabay
 

Il est probable que les jardins existent depuis que l’homme cultive la terre. Lorsqu’une civilisation se développe, un jardin propice à la méditation, à la connexion avec la nature, devient essentiel aux yeux des souverains.

Les premiers à avoir verdi les palais et les temples sont les souverains, l’élite et les religieux. Le jardin est alors, considéré comme un signe de richesse ou une offrande aux Dieux.

 

Fresque du tombeau de Nébamoun, à l’origine à Thèbes, Égypte, vers 1380 av. J.-C. (Image : British Museum / Domaine Public / wikimedia)
Fresque du tombeau de Nébamoun, à l’origine à Thèbes, Égypte, vers 1380 av. J.-C. (Image : British Museum / Domaine Public / wikimedia)
 

Les jardins de l’Egypte antique

Les jardins n’ont laissé que peu de trace au cours de l’Histoire, ce sont les bas-reliefs du temple Akh-menou à Karnak, par exemple, qui nous confirment, la magnificence du jardin de Thoutmôsis III. De ses nombreuses conquêtes, il ramènera moult plantes et animaux exotiques qui agrémentent son jardin personnel.

Le jardin clos de la tombe de NEBAMON, régisseur de l’épouse royale de THOUTMÔSIS IV (1479-1425 av. J-C) incarne parfaitement le style égyptien, avec son plan d’eau rectangulaire où évoluent poissons et oiseaux exotiques. Il est bordé, de plus, de papyrus, de lotus blancs, ces derniers symbolisant la renaissance puisqu’ils s’ouvrent chaque jour. Tout autour, se dressent des alignements d’arbres fruitiers, d’arbustes et de fleurs, disposés symétriquement.

Pierre Montet, égyptologue français, a écrit « À la ville comme à la campagne, tout propriétaire voulait avoir le sien et lui faire produire des légumes et des fruits. Le travail de l’arrosage était le plus absorbant. » En effet, il n’y avait aucune canalisation, l’eau était, donc, acheminée dans des jarres.

 

L’art du jardin chinois consistait à ne rien laisser au hasard tout en créant une harmonie naturelle. (Image : Laurette Chapuis / Pixabay)
L’art du jardin chinois consistait à ne rien laisser au hasard tout en créant une harmonie naturelle. (Image : Laurette Chapuis / Pixabay)
 

Les jardins de Chine

Ces jardins apparaissent bien avant notre ère et évoluent au fil des dynasties. Le jardin chinois, complexe, semble naturel mais chaque plante, chaque objet, chaque animal participe à une signification plus profonde, associée à l’art du Feng shui, leur disposition précise permettait la bonne circulation des énergies. En suivant les principes du taoïsme, le jardin chinois proposera des opposés, des clairs obscurs. Il représente un univers en miniature. Ji Cheng, XVIIème siècle est l’auteur du Yuanye (Traité du jardin), il considère que la réussite d’un jardin dépend de deux principes essentiels : l’adaptation à l’environnement et l’emprunt à d’autres paysages. L’idée est de donner une représentation idéale de la nature, de la sublimer.

Dans le jardin impérial, les plantes et les animaux de toute la Chine étaient représentés. D’un côté l’Empereur montrait son pouvoir, et de l’autre, le jardin était conçu pour inviter les immortels à s’y promener. Plus tard, le jardin chinois intégrera les demeures des lettrés et des riches. Il devient, alors, un lieu de vie, une prolongation de la maison. On s’y divertit, s’y recueille, s’y repose...

Dans son agencement, nous identifions la montagne représentée par une grande pierre aux formes tourmentées ou un amas de pierres. Elle symbolise ainsi, le yang. L’eau matérialise le yin avec la présence d’un bassin ou d’une rivière. L’eau, élément essentiel, contribue au calme. Le jardin chinois possède parfois un pavillon, une pagode, une arche ou un pont. Les animaux réels ou mythiques peuvent être présents ou symbolisés par des sculptures.

Les arbres dessinent des perspectives intéressantes, et mettent en valeur d’autres éléments du jardin.

En ouvrant, leurs grands jardins luxuriants, les propriétaires démontrent leur puissance. D’autres jardins resteront dans la sphère privée familiale et seront, ainsi, plus propices à la méditation. Au fil des heures et des saisons, le jardin devient vivant, il change et acquiert de nouvelles dimensions éphémères en perpétuel devenir.

 

Les jardins de Babylone stimulent l’imaginaire collectif, puisqu’il ne reste aucune trace, chacun peut donc, les imaginer à sa guise. (Image : Maarten van Heemskerck / Domaine Public / wikimedia)
Les jardins de Babylone stimulent l’imaginaire collectif, puisqu’il ne reste aucune trace, chacun peut donc, les imaginer à sa guise. (Image : Maarten van Heemskerck / Domaine Public / wikimedia)
 

Les jardins suspendus de Babylone

Ces jardins constituent l’une des sept merveilles du monde. Selon la légende, ils auraient été construits au VIe siècle av. J.-C. sur ordre de Nabuchodonosor II en l’honneur de son épouse Amytis. Hormis les histoires rapportées, il est difficile de prouver leurs existences, d’autant plus que leur emplacement est aussi controversé.

Selon wikipedia « Les jardins auraient une structure intérieure en pierre et une structure extérieure constituée de végétation luxuriante. Ils étaient en forme de pyramide et paraissaient suspendus grâce aux cinq terrasses soutenues par des voûtes et des piliers de brique. Pour relier les terrasses les unes aux autres, ils avaient construit des escaliers de marbre. Un système de machines permettait de remonter l’eau venant du fleuve Euphrate aux cinq terrasses. »

 

Les jardins andalous créés par les Maures semblent fortement inspirés des jardins persans antiques. (Image : Tomasz Hanarz / Pixabay)
Les jardins andalous créés par les Maures semblent fortement inspirés des jardins persans antiques. (Image : Tomasz Hanarz / Pixabay)
 

Du jardin perse au jardin islamique

Il semble que ces jardins remontent à 4 000 av. J.- C. mais aucune trace archéologique n’a été retrouvée. L’art des jardins perses se développe essentiellement sous le règne de Cyrus II Le Grand (- 558 à – 528 ans av. J.-C.) et Darius 1er (- 522 à – 486 ans av. J.-C). Puis, ils évolueront et inspireront les jardins de la période islamique qui se répandront dans tout le monde islamique.

Traditionnellement, ils sont clos et symétriques, divisés en quatre parties et ont un rôle spirituel et récréatif : l’idée étant de reproduire le paradis sur terre.

Les jardins du Taj Mahal sont construits sur cette base. L’ombre est extrêmement importante, les murs, les pavillons, les arbres et les treilles protègent du soleil les personnes qui y séjournent. Certains arbres ont un caractère symbolique : le cyprès symbolise la mort, l’amandier la vie, le palmier dattier la fécondité. L’eau, élément précieux, est décrit dans le paradis, c’est donc naturellement que nous retrouvons un bassin ou une fontaine au centre du jardin. Contrairement aux Egyptiens, le jardin est irrigué par des canaux et l’eau est remontée d’un puit par des animaux.

Les jardins grecs

Plusieurs styles de jardins existent dans les villes grecques.

Des plantes sacrées telles que le platane, côtoient les jardins près des temples. Des sculptures représentant les Divinités permettaient de se rapprocher des Dieux. On rencontrait, parfois, des nymphées, entourées d’arbres à feuilles persistantes, rappelant la jeunesse éternelle. Des espaces verts profitaient à l’entraînement sportif et, d’autres lieux plus ombragés accueillaient les discours des philosophes.

 

Les jardins de la villa d’Este datent du XVIème siècle. Ils sont l’aboutissement de la culture du jardin italien, c’est une pure merveille qui fait partie du patrimoine mondial de l’UNESCO. (Image : lapping / Pixabay)
Les jardins de la villa d’Este datent du XVIème siècle. Ils sont l’aboutissement de la culture du jardin italien, c’est une pure merveille qui fait partie du patrimoine mondial de l’UNESCO. (Image : lapping / Pixabay)
 

Les jardins romains

Les premières traces de jardins romains se situent autour de – 750 av. J.-C., ceux-ci ont souvent plusieurs terrasses reliées entre elles par de larges escaliers. Comme en Grèce, les statues des Divinités ornent les jardins. Des bassins, des fontaines, des colonnades s’harmonisent avec l’architecture des maisons. Il y a aussi des sculptures végétales de buis représentant des animaux. On s’y promenait, s’y recueillait auprès des Divinités, s’y reposait à l’ombre d’un arbre ou d’une vigne, y pratiquait la gymnastique et lorsqu’ils existaient, on jouissait de bains chauds ou froids.