Corruption au Ghana: bois de rose coupé illégalement et exporté vers la Chine

Texte français : Marlène
Le 23/08/2019

Le Ghana a pris des mesures strictes pour lutter contre le commerce illégal de bois de rose depuis 2012. Toutefois, cela n'a pas empêché la Chine d'acquérir illégalement du bois de rose de la nation africaine, comme le révèle un rapport récent de l'Agence d'investigation environnementale (Environmental Research Agency - EIA).
 

Les mesures prises par le Ghana pour lutter contre le commerce illégal de bois de rose n'ont pas empêché la Chine d'acquérir illégalement du bois de rose de la nation africaine. (Image: Capture / YouTube)
Les mesures prises par le Ghana pour lutter contre le commerce illégal de bois de rose n'ont pas empêché la Chine d'acquérir illégalement du bois de rose de la nation africaine. (Image: Capture / YouTube)
 

Perte pour le Ghana

«Depuis 2012, plus de 540 000 tonnes de bois de rose - l'équivalent de 23 478 conteneurs de 20 pieds, ou environ six millions d'arbres - ont été illégalement récoltés et importés en Chine en provenance du Ghana, en dépit des interdictions de récolte et de commerce mises en place...[Les enquêtes ont révélé] un système massif de trafic de bois institutionnalisé, rendu possible par la corruption et la collusion de haut niveau», a indiqué le groupe (BBC).

Au prix de 17 000 dollars par tonne, la perte totale pour le Ghana due au commerce illégal s’élève à environ 10 milliards de dollars sur six ans. L’exploitation forestière généralisée contribue également à la crise de la désertification au Ghana. L’EIE a demandé que le commerce de bois de rose en Afrique de l’Ouest soit suspendu. Bien que le bois de rose soit censé être protégé par l'accord CITES qui vise à garantir que le commerce international ne menace pas la survie de la flore et de la faune locales, l'agence affirme que l'accord n'en a pas fait assez.
 

L’exploitation forestière généralisée contribue à la crise de la désertification au Ghana. (Image: Capture / YouTube)
L’exploitation forestière généralisée contribue à la crise de la désertification au Ghana. (Image: Capture / YouTube)
 

Le bois de rose est un arbre très difficile à cultiver puisqu'il faut environ cent ans pour qu’il atteigne sa pleine maturité. De ce fait, son exploitation forestière endémique est un problème beaucoup plus important que pourrait l’être celle d’autres arbres à croissance rapide. Le bois de rose est populaire en Chine où il est utilisé pour fabriquer des meubles de style impérial. L’EIE a demandé à la Chine de se conformer aux normes internationales relatives aux espèces menacées d’extinction. En 2009, le Ghana a été l'un des premiers pays à avoir signé avec l’U.E l'accord de partenariat volontaire (APV) qui visait à lutter contre l'exploitation forestière illégale.

Cependant, toutes les mesures prises par le gouvernement ghanéen ont été en grande partie consignées sur papier. Mais en réalité, la corruption a permis au commerce illégal de bois de rose de continuer à prospérer. «Des trafiquants chinois et ghanéens puissants ont expliqué à des enquêteurs sous couverture de l'EIA, comment, avec l'aide des membres du parti au pouvoir et la complicité à tous les niveaux du gouvernement, ils avaient mis en place un système institutionnalisé, alimenté par des pots-de-vin, pour masquer la récolte, le transport, le permis CITES d’ exportation pour le bois», indique le rapport de l’EIE. Tant que le gouvernement ne s’attaquera pas à la corruption qui est profondément ancrée dans l’industrie, toutes les lois qu’il adopte pour protéger le bois de rose seront vouées à l’échec.
 

Commerce illégal au Gabon

En Afrique, le Ghana n'est pas le seul pays à avoir été victime d'une exploitation forestière illégale sous l’impulsion de la demande chinoise. Le Gabon et le Congo sont deux autres pays inquiétés par cette menace. Selon un autre rapport de l'EIE, une société chinoise appelée Dejia Group détenait des licences d'exploitation forestière sur plusieurs sites de la région et utilisait la corruption pour amener les autorités à fermer les yeux sur leurs activités. La société gère apparemment plus de 1,5 million d'hectares de forêt tropicale dans les deux pays.
 

Le Ghana n'est pas le seul pays africain à avoir été victime d'une exploitation forestière illégale sous l’impulsion de la demande chinoise. (Image: Capture / YouTube)
Le Ghana n'est pas le seul pays africain à avoir été victime d'une exploitation forestière illégale sous l’impulsion de la demande chinoise. (Image: Capture / YouTube)
 

 «Le groupe a continuellement enfreint les lois forestières les plus fondamentales, a renversé la réglementation du commerce du bois et a détourné des millions d'impôts non payés des gouvernements du Gabon et de la République du Congo. Les dirigeants du groupe Dejia ont expliqué en détail aux enquêteurs de l'EIE comment l'entreprise soudoyait régulièrement des ministres en République du Congo et au Gabon pour qu'ils aient accès à des concessions forestières et éviter que leurs crimes ne soient punis », indique le rapport.

À la suite de la publication du rapport, le gouvernement gabonais a suspendu le permis d'exploitation du groupe Dejia sur deux de ses sites. L'exploitation illégale des forêts dans le bassin du Congo est la principale cause de la déforestation rapide qui, selon de nombreux écologistes, est en train de devenir une crise écologique.