Xin Fengxia, reine de l’opéra de Pingju, en Chine (1)

Par Vision Times
Le 07/10/2020
Xin Fengxia, connue sous le nom de « Reine de Pingju », était interprète, actrice, et la fondatrice du China Pingju Institute. (Image : wikimedia / CC0 1.0)
Xin Fengxia, connue sous le nom de « Reine de Pingju », était interprète, actrice, et la fondatrice du China Pingju Institute. (Image : wikimedia / CC0 1.0)
 

Xin Fengxia (26 janvier 1927 - 12 avril 1998), était une star de l’opéra chinois de Pingju. une interprète et une actrice, et la fondatrice du China Pingju Institute. L’opéra de Pingju, connu aussi sous le sous le nom d’Opéra du Nord, est celui dont la langue est la plus proche du mandarin. C’est une forme artistique qui combine le chant, la danse, la musique, le théâtre ainsi que la littérature chinoise traditionnelle. Xin Fengxia, la « Reine de Pingju » a été la pionnière de ce style d’opéra, devenu par la suite l’un des styles les plus importants et les plus populaires du nord de la Chine.

Wu Zuguang, un célèbre dramaturge de Hong Kong, est retourné en Chine en 1949, à l’âge de vingt ans. Comme beaucoup d’intellectuels de l’époque, il fondait de grands espoirs sur la nouvelle République populaire et il a rejoint le « Front uni », constitué d’élites dont l’ambition était de faire avancer les intérêts du Parti communiste chinois (PCC). En 1951, son ami Lao She lui présente Xin Fengxi. Ils se marient la même année.

En mai 1957, le PCC a appelé chacun à promouvoir la plate-forme du Parti et à améliorer son image. Tous ont été encouragés à exprimer leurs points de vue et leurs opinions « afin de bien servir le peuple ». Wu Zuguang a eu pour mission de conseiller les hauts fonctionnaires des cercles littéraires et artistiques. Il a déclaré aux responsables : « La littérature et les arts sont destinés à être lus et vus par les lecteurs et le public, et la seule façon de le faire est la liberté d’écrire et de jouer. Par conséquent, les étrangers (c’est-à-dire le Parti) ne peuvent ni diriger les initiés ni instruire ceux qui font partie du cercle artistique et littéraire. »

 

Wu Zuguang s’est élevé contre l’emprise du Parti communiste sur la scène culturelle et artistique . (Image : timquijano / flickr / CC BY 2.0)
Wu Zuguang s’est élevé contre l’emprise du Parti communiste sur la scène culturelle et artistique. (Image : timquijano / flickrCC BY 2.0)
 

Le conseil de Wu Zuguang a été interprété comme suit : «  le Parti devrait rester à l’écart des cercles littéraires et artistiques et le plus tôt sera le mieux. » Wu n’a pas réalisé qu’en lui demandant de partager ses idées en toute honnêteté, le Parti lui tendait un piège. Ainsi, il a immédiatement été dénoncé comme droitiste lors de la campagne contre-révolutionnaire menée par PCC.

Au début du printemps 1958, après avoir fait l’objet d’humiliations publiques à maintes reprises, Wu Zuguang a été envoyé dans le « Grand désert du Nord » avec plus de cinq cents autres droitistes, afin d’être « réformés par le travail ». Avant de partir, il a fait ses adieux à son père malade et à sa mère âgée. Le coeur lourd, il a été contraint de quitter ses trois jeunes enfants et son épouse Xin Fengxia, en larmes.

Des fonctionnaires du Parti communiste ont ensuite harcelé Xin Fengxia pour la forcer à divorcer de Wu Zuguang, catalogué comme « mauvaise personne ! ». Ils l’ont menacée en disant : « Si vous acceptez de divorcer, vous pourrez rejoindre le Parti, sinon vous devrez en supporter les conséquences. »

Ils l’ont même menacée d’interrompre sa carrière. Xin Fengxia a répondu : « L’opéra de Pingju est ma vie, Wu Zuguang est l’âme qui soutient ma vie. Si je dois choisir entre les deux, alors je choisis Wu Zuguang ».

 

Xin Fengxia a refusé de divorcer malgré la pression d’un haut fonctionnaire du Parti communiste, la menaçant de mettre fin à sa carrière de chanteuse si elle refusait de se soumettre. (Image : wikimedia / CC0 1.0)
Xin Fengxia a refusé de divorcer malgré la pression d’un haut fonctionnaire du Parti communiste, la menaçant de mettre fin à sa carrière de chanteuse si elle refusait de se soumettre. (Image : wikimedia / CC0 1.0)
 

À cette époque, Xin Fengxia avait moins de 30 ans, elle était au sommet de sa carrière. Ce qu’elle a dit ensuite, en référence à une légende chinoise populaire souvent jouée dans les théâtres d’opéra chinois, était si émouvant. « Baochuan a attendu Xue Pinggui pendant 18 ans, je peux attendre Wu Zuguang pendant 28 ans ! » Selon la légende, une jeune femme attendait le retour de son mari parti à la guerre. Elle l’a patiemment attendu, pendant 18 ans, jusqu’à ce qu’il rentre à la maison avec tous les honneurs, en tant que général victorieux.

Xin Fengxia a également été qualifiée de contre-révolutionnaire de droite et a dû subir l’humiliation publique et la torture, ce que l’on appelle une « session de lutte ». Elle était humiliée pendant la journée et pendant ses représentations nocturnes. Mais elle était très populaire auprès du public. En tant que seul soutien de la famille, elle devait continuer à travailler et à se produire sur scène pour gagner suffisamment d’argent pour prendre soin de ses enfants. Ainsi, après avoir terminé ses performances sur scène, elle nettoyait les toilettes pour se faire un peu d’argent.

Pendant son temps libre, elle écrivait souvent à Wu Zuguang, lui racontant toutes les grandes et les petites choses de sa vie et de la famille. Ces lettres étaient leur seul réconfort. Pendant les trois ans où Wu Zuguang a été exilé dans le nord de la Chine, Xin Fengxia s’est occupée de toute la famille. Bientôt, le père de Wu est décédé et sa mère est tombée gravement malade. Xin a fait l’objet de toutes sortes de mauvais traitements, d’humiliations et d’abus, qui l’affectaient moralement. Les enfants ont aussi été harcelés. En dépit de tout cela, elle était déterminée à rester forte pour son mari et ses enfants.

Wu Zuguanga été libéré fin 1960. Lorsque Xin a reçu la nouvelle de sa libération, elle a nettoyé et peint la maison et a demandé à ses trois enfants de coller des affiches partout dans la maison. Ces affiches ornées de fleurs disaient : « Bienvenue à la maison, papa ! » Xin avait dit à ses enfants : « Votre père revient d’un pays froid et enneigé, faisons tout pour qu’il se sente au chaud. »

 

Xin Fengxia a dit à ses enfants que leur père revenait « d’un endroit froid et enneigé ». (Image : pixabay / CC0 1.0)
Xin Fengxia a dit à ses enfants que leur père revenait « d’un endroit froid et enneigé ». (Image : pixabay CC0 1.0)
 

Quelques années plus tard, la Chine est tombée dans une tourmente encore plus grande sous la Révolution culturelle. Wu Zuguanga a de nouveau été détenu pour ses critiques ouvertes envers la politique culturelle du gouvernement. Il a perdu sa liberté et a été à nouveau incarcéré, cette fois pendant huit ans.

En 1966, la Chine était comme une mer rouge de sang, pleine de combats, de rage, de chaos et de désordre. Xin Fengxia, alors âgé de 38 ans, a de nouveau été harcelée. Elle a été battue et forcée de creuser des abris souterrains antiaériens.

Un matin, les « gardes rouges » se sont déchaînés contre le théâtre et ont brûlé beaucoup de costumes et d’accessoires d’opéra. Les flammes s’élevaient très haut. Les « gardes rouges » ont qualifié les artistes de Pingju de « monstres et démons » et les ont forcés à s’agenouiller en cercle autour du feu. Puis quelqu’un a crié : « Frappez ! »  Les « gardes rouges » ont pris leurs ceintures et ont sauvagement frappé Xin Fengxia. Elle a été si durement frappée que son genou gauche était cassé. Elle ne s’est jamais complètement remise de sa blessure. Après cet épisode, elle a dû purger une peine de sept ans de travaux forcés.

En 1975, la veille de la fin de la Révolution culturelle, Xin Fengxia, en sortant de la maison après avoir accompli de lourds travaux a été atteinte d’une hémorragie cérébrale et s’est écroulée. Le traitement hospitalier a été retardé car son lieu de travail, le théâtre, n’a pas fourni l’autorisation nécessaire pour qu’elle soit admise. Elle est ensuite devenue paralysée en raison d’un accident vasculaire cérébral, la laissant dans un immense état de détresse. Elle a dit adieu à sa carrière sur scène pour toujours. Elle est restée paralysée le reste de sa vie, pendant 23 ans.

Étonnamment, au cours de ces 23 années, elle a écrit et publié 28 livres. Dans sa jeunesse, n’ayant pas reçu d’éducation, elle ne savait ni lire ni écrire. Son mari l’a aidée à apprendre à lire et à écrire et à étudier la calligraphie chinoise. Grâce à lui, elle est parvenue à écrire l’histoire de sa vie, de ses performances artistiques et de sa famille. Elle a écrit ses propres mémoires et son autobiographie. Elle est également devenue une artiste reconnue, créant des milliers de peintures et de dessins. Sur chaque peinture, son mari écrivait en calligraphie les mots « mari et femme ». Ses œuvres sont donc affectueusement appelées « Peintures de couple ».


(L’histoire émouvante de Xin Fengxia fera l’objet d’une deuxième partie)


Traduit par Nello Tinazzo

Version en anglais : The Moving Life Story of Xin Fengxia, Queen of Northern Opera and Daughter of China (Part 1)

Traduit du chinois par Chua BC