La peinture antique chinoise enseignait la sagesse

Par Yifei
Le 22/05/2020
Dans la Chine ancestrale, les Chinois pensaient que la peinture apportait autant de sagesse que les Classiques confucéens. (Image : wikimedia / Domaine public)
Dans la Chine ancestrale, les Chinois pensaient que la peinture apportait autant de sagesse que les Classiques confucéens. (Image : wikimedia / Domaine public)
 

Dans la Chine ancestrale, les Chinois pensaient que la peinture apportait autant de sagesse que les Six Classiques chinois. Autrement dit, le rôle de la peinture était considéré comme aussi important que celui des classiques confucéens.

D’où vient cette théorie ? Son origine vient du mot 像, portrait ou imiter.

D’après le Yi Jing (易經 ) ou le Classique des mutations : les sages pouvaient comprendre les merveilles du monde, ils ont donc dessiné la forme des choses afin d’en révéler le sens profond. En d’autres termes, la peinture était censée exprimer le sens intérieur de l’homme, des événements et des choses et pas seulement montrer une technique parfaite qui n’était qu’une chose superficielle aux yeux des Chinois d’autrefois.

Prenons l’exemple des peintures de personnages. Elles ne s’arrêtaient pas qu’à bien peindre l’esprit, le contour, les plis des vêtements, le dos et la face du personnage. Quand les Chinois d’autrefois peignaient des portraits de sages, ou des scènes historiques, ils faisaient la distinction entre un homme vertueux et un homme médiocre : ils annihilaient le mal et prônaient le bien.

Ils cherchaient à exprimer la profonde signification intérieure d’un portrait, d’un tableau, d’un évènement ou d’une chose. Ainsi, la peinture, tout comme les livres, jouait le rôle d’apporter la sagesse, en éduquant les gens et en les orientant vers le droit chemin.

Education et rédemption à travers la peinture

En parlant du message transmis par la peinture, il existe quelques histoires intéressantes.

 

Han Wudi ( 漢武帝 ) est considéré comme l’un des plus grands empereurs de Chine. (Image : wikimedia / Domaine public)
Han Wudi ( 漢武帝 ) est considéré comme l’un des plus grands
empereurs de Chine. (Image : wikimedia / Domaine public)
 

L’empereur Han Wudi et son premier ministre Huo Guang

À l’époque de la dynastie Han (206 av. J.-C. 220 ap. J. – C .), le septième empereur des Han occidentaux - Wudi des Han ou Han Wudi ( 漢武帝 ), de son nom personnel Liu Che (劉徹) (157 av. J.-C. – 87 av. J.-C.), voulait nommer Liu Fuling (劉弗陵) comme prince héritier. Liu Fuling était le fils de Wudi et de la concubine Zhao Jieyu (趙婕妤). À cette époque, il n’avait que sept ans et l’empereur Han Wudi envisagea de demander à son Premier ministre, Huo Guang (霍光) d’assister le jeune prince héritier.

S’il s’agissait simplement de donner un ordre à Huo Guang, c’était une affaire très simple et Huo Guang y obéirait certainement. Cependant, avant de remettre son décret à Huo Guang, l’empereur Han Wudi ordonna au peintre de la cour de peindre un tableau montrant la scène historique dans laquelle le Duc Dan, de la dynastie Zhou (周公旦) (1045 av. J.-C. – 256 av. J.-C.), portait sur son dos le jeune roi Zhou Chengwang (周成王) pendant un conseil des ministres. Han Wudi souhaitait faire comprendre à Huo Guang la lourde responsabilité qui allait lui incomber. Plus tard, Huo Guang fit preuve de loyauté en aidant de son mieux Liu Fuling. Ce dernier devint le huitième empereur de la dynastie Han sous le nom d’empereur Zhaodi des Han ou empereur Han Zhaodi (漢昭帝).

 

Ban Jieyu ( 班婕妤), la concubine de l’empereur Cheng, des Han, était aussi une poétesse qui savait faire preuve de vertu et de sagesse. (Image : wikimedia / Tang Yin / Domaine public)
Ban Jieyu ( 班婕妤), la concubine de l’empereur Cheng, des Han,
était aussi une poétesse qui savait faire preuve de vertu et de sagesse.
(Image : wikimedia / Tang Yin / Domaine public)
 

L’empereur Xiao Chengdi et sa concubine Ban Jieyu

Au cours de la seconde partie de la période des Han (Han orientaux, 25 - 220 ap. J.-C.), l’empereur Xiao Chengdi décida un jour de visiter le jardin du palais royal. À cette occasion, il souhaitait inviter sa concubine Ban Jieyu (班婕妤) à prendre le même véhicule que lui. Ban Jieyu lui dit alors : « J’ai vu dans les peintures anciennes que tous les rois sages étaient accompagnés par des fonctionnaires vertueux de renom. Seuls les rois de la fin des dynasties Xia, Shang et Zhou étaient accompagnés de leurs concubines favorites. Si aujourd’hui je montais dans votre voiture, ne serait-ce pas faire la même chose que dans les tableaux anciens ? ».

L’empereur Xiao Chengdi apprécia les paroles de Ban Jieyu. Lorsque l’impératrice Wang entendit parler de cela, elle dit également avec joie : « durant la période des Printemps et Automne, 722 – 481 av. J.-C, sous la dynastie Zhou, il y avait Dame Fan Ji, la concubine vertueuse préférée du roi Zhuang du royaume Chu, maintenant il y a Ban Jieyu. »

L’effet de la peinture, dans l’éducation et la rédemption, n’est pas moindre que celui des livres : au contraire, les tableaux sont, d’une certaine manière, plus intuitifs, plus vivants et plus impressionnants que les livres.

 

L’impératrice Ma était très connue pour sa beauté et sa vertu. (Illustration : Taste of Life)
L’impératrice Ma était très connue pour sa beauté et sa vertu. (Illustration : Taste of Life)
 

L’empereur Han Mingdi et l’impératrice Ma

Toujours sous la dynastie des Han orientaux, l’empereur Han Mingdi (漢明帝), connu sous les noms personnels de Liu Yang (劉陽) puis de Liu Zhuang (劉莊), admirait un jour des tableaux , en compagnie de l’impératrice Ma (馬皇后) (https://www.visiontimes.fr/culture/culture-et-tradition-chinoise/limperatrice-ma-de-la-celebre-dynastie-des-han-5433). Dans l’histoire, l’impératrice Ma était connue pour sa beauté et sa vertu.

Alors qu’ils passaient devant le portrait de E Huang et Nu Ying, filles de l’empereur Yao, souverain mythique de l’antiquité chinoise, l’empereur Han Mingdi désigna le portrait et dit en plaisantant à l’impératrice Ma : « Tous les empereurs rêvent d’avoir des impératrices comme elles ». Arrivés devant le portrait de l’empereur Yao, l’impératrice Ma, plaisantant à peine, dit à l’empereur Mingdi : « Tous les ministres souhaitent avoir à servir un empereur comme lui ! » L’empereur Mingdi comprit que la sage impératrice Ma l’encourageait à devenir un bon empereur, au même titre que l’empereur Yao.

Pour les anciens Chinois, un tableau était comme un livre écrit par un sage : il éduquait et orientait vers le droit chemin, en douceur. Il servait également de miroir pour aider à discerner le bien et le mal cachés au plus profond de notre cœur.


Traduit par Lu avec la collaboration de Caroline Daix et Charlotte Clémence

Source : https://www.secretchina.com/news/gb/2020/05/05/931850.html