Pourquoi la Chine protège un terroriste international

Le 06/04/2019

La Chine a bloqué la tentative de l'Inde de faire inscrire Maulana Masood Azhar, chef du groupe militant pakistanais Jaish-e-Mohammed (JeM), sur la liste noire du Conseil de sécurité des Nations unies. En février dernier, des agents du JeM ont perpétré un attentat-suicide contre les forces paramilitaires indiennes dans l'État du Cachemire, qui a entraîné la mort de 40 agents de sécurité.

 

La Chine a bloqué la tentative de l'Inde de faire inscrire Maulana Masood Azhar sur la liste noire du Conseil de sécurité de l'ONU. (Image: Capture d'écran / YouTube)
La Chine a bloqué la tentative de l'Inde de faire inscrire Maulana Masood Azhar sur la liste noire du Conseil de sécurité de l'ONU. (Image: Capture d'écran / YouTube)

 

Empêcher la liste noire

La France, la Grande-Bretagne et les États-Unis ont demandé au Conseil de Sécurité de l’Etat islamique et au Comité de sanctions contre Al-Qaïda d'imposer une interdiction de circulation, un embargo sur les armes et le gel des avoirs de M. Azhar. Cependant, la Chine s’y est opposée «techniquement», sans donner aucune explication à ce sujet. La demande est donc en suspens. Les membres du conseil sont apparemment mécontents de la décision de la Chine.

«[Ils] pourraient être contraints de poursuivre d'autres actions au Conseil de sécurité... Les arguments en faveur de la désignation de Masood Azhar - le chef d'un groupe que l'ONU appelle déjà une organisation terroriste affiliée à Al-Qaïda - sont indéniables», a déclaré un diplomate anonyme du Conseil de sécurité de l'ONU à Reuters. Une autre solution consisterait à adopter une résolution du Conseil de sécurité qui exigerait neuf votes en faveur de la liste noire et aucun veto de la part des États-Unis, de la France, de la Russie, de la Grande-Bretagne ou de la Chine.

En bloquant la résolution, la Chine a envoyé un message provocant et dangereux à la communauté internationale: Pékin a clairement montré qu' il utilisera son droit de veto à l'ONU pour bloquer tout ce qui, à son avis, va à l'encontre de ses intérêts, même si cela signifie protéger un terroriste. Cela devrait constituer un avertissement pour les pays occidentaux qui doivent maintenant penser à contenir l'influence de la Chine aux Nations Unies.

 

 Pékin a clairement montré qu' il utilisera son droit de veto à l'ONU pour bloquer tout ce qui, à son avis, va à l'encontre de ses intérêts, même si cela signifie protéger un terroriste. (Image: Capture d'écran / YouTube)
Pékin a clairement montré qu' il utilisera son droit de veto à l'ONU pour bloquer tout ce qui, à son avis, va à l'encontre de ses intérêts, même si cela signifie protéger un terroriste. (Image: Capture d'écran / YouTube)

 

Quant à l'intérêt que la Chine pourrait avoir pour quelqu'un comme Azhar, c'est un sujet de débat. Selon toute probabilité, il est lié au projet de corridor économique Chine-Pakistan (CPEC). Azhar a des partisans dans l'establishment du pouvoir au Pakistan. Il est possible que le Pakistan ait demandé à la Chine de bloquer la proposition. Si la Chine soutenait la liste noire, les partisans d'Azhar pourraient finir par se fâcher contre la Chine et cibler des projets chinois comme le CPEC pour exprimer leur frustration. C'est probablement la raison pour laquelle Pékin a choisi de s’opposer à la liste noire.

L'Inde a été contrainte de libérer Azhar en 1999 après que des terroristes eurent détourné un avion et exigé sa libération en échange de la vie des passagers. L'année suivante, Azhar fondait JeM. En 2001, le Conseil de sécurité de l'ONU a mis l'organisation sur liste noire. JeM a été associé à la mort du journaliste américain Daniel Pearl en 2002.

 

Manifestation des commerçants

Pendant ce temps, des organisations commerciales en Inde ont brûlé des produits chinois en signe de protestation contre le refus de Pékin de mettre Masood Azhar sur la liste noire. C'est la quatrième fois que la Chine bloque une tentative du Conseil de sécurité de l'ONU de désigner Azhar comme un terroriste international. Il faut donc s'attendre à la colère des Indiens.

 

Des organisations commerciales en Inde ont brûlé des produits chinois en signe de protestation contre le refus de Beijing de mettre Masood Azhar sur la liste noire. (Image:  / Youtube )
Des organisations commerciales en Inde ont brûlé des produits chinois en signe de protestation contre le refus de Pékin de mettre Masood Azhar sur la liste noire. (Image:  / Youtube )

 

«Les commerçants ont incendié des marchandises chinoises dans plus de 1 500 endroits à travers  tout le pays, y compris à Delhi»,  a déclaré Praveen Khandelwal, secrétaire général de la Confederation of All India Traders (CAIT), dans un communiqué (Business Line).

En 2017, le commerce bilatéral entre les deux pays était fixé à 84,44 milliards de dollars. L'Inde a enregistré un déficit commercial de 51,75 milliards de dollars  au cours de cette période. Les organisations commerciales ont demandé au gouvernement d'imposer des restrictions à la Chine et d'offrir des primes aux petites industries locales afin qu'elles puissent concurrencer les importations chinoises bon marché.