La Chine souhaite imposer son concept des droits de l’homme à Hong Kong – réactions des pays occidentaux

Par Christine Modock
Le 25/11/2019
 
Le peuple hongkongais souhaite à tout prix conserver sa constitution et son système démocratique instaurés sous l’occupation anglaise.(Wpcpey [CC BY-SA 4.0])
Le peuple hongkongais souhaite à tout prix conserver sa constitution et son système démocratique instaurés sous l’occupation anglaise.( Wpcpey [CC BY-SA 4.0])

 

À Hong Kong, la colère des manifestants ne cesse de s’amplifier et malgré le retrait du projet de loi sur les extraditions, les affrontements entre les protestataires et les forces de l’ordre sont de plus en plus violents, mettant en danger la population.

Pourquoi une agitation aussi grande ?

Le peuple hongkongais souhaite à tout prix garder sa constitution et son système démocratique instaurés sous l’occupation anglaise et qui devaient être maintenus pour une durée de 50 ans, après le départ de l’ex-colonie britannique en 1997. À cela est venu s’ajouter une série de revendications liées à l’amélioration du niveau de vie et à la consommation.

Cette crise de Hong Kong, en raison de sa durée, menace gravement l’économie de l’île. Elle a en outre provoqué la diminution du PNB, la baisse du tourisme, la chute du coût des actions en Bourse, la dégradation des équipements publics et privés.

La communauté internationale observe avec beaucoup d’attention ce conflit et en particulier les réactions du gouvernement chinois. Les USA voient dans cette révolte à Hong Kong, l’appel d’un pays soucieux de défendre ses « libertés fondamentales » et sa démocratie, instaurés depuis près d’un siècle par la Grande Bretagne.

Le système démocratique est le concept que le peuple hongkongais veut conserver pour la politique économique et sociale de sa région. Cependant, la Chine ne cesse d’empiéter sur ses libertés fondamentales et prend progressivement le contrôle des instances politiques de l’île. C’est cette ambiguïté politique qui a suscité la révolte du peuple hongkongais.

Après six mois d’agitation, le gouvernement local s’avère toujours impuissant. Aussi les autorités chinoises envisagent d’imposer leur vision des droits humains à Hong Kong.

Pékin souhaite imposer à Hong Kong sa vision des droits de l’homme

Pékin impose depuis 70 ans son régime totalitaire, avec pour intention, jugée primordiale, de combattre la pauvreté en Chine.

Selon Liang Qichao, philosophe et réformiste chinois de la dynastie Qing, le concept des Droits de l’Homme en république de Chine Populaire fait appel à une « obligation du citoyen d’assurer un Etat prospère et à l’obligation du gouvernement de garantir des libertés ».  De ce fait, le gouvernement chinois a toujours privilégié les « droits matériels » de la population en lui assurant une qualité de vie, la santé et la prospérité économique. Ainsi, les autres « droits immatériels », comme la liberté d’expression, le droit de circuler librement, sont considérés comme des droits fondamentaux qui appartiennent à l’Etat.

Ce point de vue va totalement à l’encontre de la philosophie occidentale, qui accorde à un individu la protection des libertés individuelles.

Face à cette doctrine juridique chinoise concernant les droits de l’homme, certaines ONG et certains gouvernements occidentaux dénoncent l’absence de protection des droits humains. Les observateurs soulignent les violations des droits de l’homme en Chine, lors du grand bon en avant de 1958-1960,  où près de vingt à trente millions de Chinois ont succombé à la famine, sans oublier les manifestations de la place Tiananmen de 1989 qui auraient fait jusqu’à 2 000 morts et près de 10 000  blessés. Il faut également prendre en compte les informations transmises par les ONG et la presse, sur la persécution des moines Tibétains et des pratiquants de Falun Gong par le PCC, toujours d’actualité. En outre, actuellement, le recours à des moyens de haute technologie rend les nouvelles formes de coercition contre les opposants au régime plus subtiles et plus efficaces.

 

Pékin impose depuis 70 ans son régime totalitaire. (Image : Facebook)
Pékin impose depuis 70 ans son régime totalitaire. (Image : Facebook)

 

Cette problématique humanitaire interpelle la communauté européenne et les USA. Le samedi 16 novembre 2019, la Chine a été pointée du doigt par les USA pour ses atteintes aux droits de l’homme dans la province autonome du Xinjiang et à Hong Kong. Il est aussi fait mention de « un à trois millions de Ouïghours internés dans des camps de rééducation ». Cette liste d’agissements subversifs est loin de redorer le blason chinois.

Le positionnement de la  Chine sur les droits humains s’avère relativement important pour les pays alliés. Selon le New Eastern Outlook du 7/11/2019, si la nation chinoise « confirme son rôle de locomotive mondiale », il est évident que « Les droits de l’homme en Chine deviennent un enjeu planétaire …. Maintenant que le Chine sort de ses frontières, elle veut que le vaste monde où s’écoulent ses réseaux, ses routes de la soie, ses entreprises et ses produits, soit à son image », selon Le Monde.

Doit-on s’inquiéter pour le devenir des démocraties occidentales ?

Les USA soutiennent les manifestations de Hong Kong et condamnent l’intervention de Pékin

La crise à Hong Kong s’est intensifiée au campus de l’Université polytechnique où les manifestants pro-démocratiques ont établi leur siège, pour pouvoir poursuivre  leur lutte et répondre aux attaques virulentes de la police locale. Une forme de guérilla urbaine inédite a vu le jour, et le PCC menace Hong Kong d’une intervention militaire si le conflit perdure.

La Chine ayant été accusée de violations des droits de l’homme, suite aux évènements contre les Ouïgours et à la crise de Hong Kong, le New York Times a publié des documents internes du PCC, justifiant de l’internement des Ouïgours depuis 2017 et des traitements auxquels ils sont soumis. Il est fait mention de la répression à Hong kong, membre de l’Organisation Mondiale du Commerce. 

 

Le samedi 16 novembre 2019, la Chine a été pointée du doigt par les USA pour ses atteintes aux droits de l’homme dans la province autonome du Xinjiang et à Hong Kong. (Image : Facebook)
Le samedi 16 novembre 2019, la Chine a été pointée du doigt par les USA pour ses atteintes aux droits de l’homme dans la province autonome du Xinjiang et à Hong Kong. (Image : Facebook)

 

Pour soutenir le mouvement de Hong Kong face à la politique répressive de la Chine, un projet de loi pour « les droits de l’Homme et la démocratie » a été proposé par le Congrès américain et voté à l’unanimité le 21 novembre, selon l’AFP.

Selon les pays occidentaux, Hong Kong est considéré comme une démocratie et jouit de sa liberté d’expression. De ce fait, l’île n’est pas soumise aux droits de douanes punitifs imposés par Donald Trump à la Chine. Mais le nouveau projet de loi pourrait suspendre le statut accordé spécialement au territoire semi-autonome. Ce projet n’est pas encore validé, car il doit être signé par Donald Trump.

Les analystes craignent que la signature du projet de Loi américain, entraîne de graves conséquences économiques pour Hong Kong, et qu’à moyen terme, beaucoup d’entreprises quittent l’île pour s’installer à Singapour ou ailleurs.  Un coup dur pour cette mégapole située au 9e rang de la finance mondiale.

Face à cette menace, la Chine promet de riposter en prenant des mesures énergiques, selon le porte parole de son Ministère des Affaires étrangères. Une guerre des intentions est engagée et les relations hostiles entre la Chine et les Etats-Unis ne présagent rien de bon pour le reste du monde.

La victoire écrasante des candidats de pro-démocratie à l'issue des élections locales du 24 novembre résonne comme une offense pour Pékin, qui a fait savoir qu’il continuerait à appuyer la cheffe de l’exécutif.

Toutefois, selon l’analyste politique Willy Lam de Hong Kong, ce résultat « est un profond rejet de la politique de Pékin envers Hong Kong…..Les manifestants considèreront cette incroyable victoire comme un mandat accordé par le peuple, donc ils se battront encore plus fort », selon l'AFP.

Il faut préciser que « sur les 452 sièges qui étaient à pourvoir, les candidats pro-démocratie ont remporté 388 sièges, soit un gain exceptionnel de 263 sièges, par rapport au précédent scrutin en 2015. Les candidats pro-Pékin ne conservent que 59 sièges et cinq reviennent à des candidats indépendants » selon la même source.

La crise à Hong Kong va-t-elle se terminer ? Tout dépendra du comportement du gouvernement, mais surtout de celui du PCC, qui pourrait de ne pas être en phase avec ces dernières élections. Le monde entier a le regard tourné vers Hong Kong et espère un dénouement paisible de cette crise.