Elections à Hong-Kong: la candidature du chef de la contestation Joshua Wong invalidée

Par Christine Modock
Le 02/11/2019


Joshua Wong a réagi en publiant cette déclaration sur  Facebook :« Je condamne fortement le fait que le gouvernement se livre à un filtrage politique et à la censure, et me prive de mes droits politiques…"
Joshua Wong a réagi en publiant cette déclaration sur  Facebook :« Je condamne fortement le fait que le gouvernement se livre à un filtrage politique et à la censure, et me prive de mes droits politiques… ».  (Face book de Joshua Wong)

 

Le mercredi 23 octobre 2019, la nouvelle est parvenue au responsable de la contestation et immédiatement Joshua Wong a réagi en publiant cette déclaration sur Facebook: « Je condamne fortement le fait que le gouvernement se livre à un filtrage politique et à la censure, et me prive de mes droits politiques… »

Pour lui, «Il s’agit d’un ordre de Pékin».  Joshua Wong n’hésite pas à faire savoir à la presse, que le refus de sa candidature par la commission électorale de son district South Horizon, résulte uniquement de son identité.




 Joshua Wong est une figure emblématique de la résistance hongkongaise pour la défense des valeurs démocratiques dans l’île de Hong Kong. (VOA)
Joshua Wong est une figure emblématique de la résistance hongkongaise pour la défense des valeurs démocratiques dans l’île de Hong Kong. (VOA)
 

Cette invalidation risque de réactiver, une fois de plus,  les nombreuses tensions à Hong-Kong qui vit depuis 5 mois dans un climat d’incertitude: avec un gouvernement quasi impuissant, des manifestations violentes, un blocage de l’activité économique et diverses déclarations sur les réseaux sociaux dénonçant l’intervention de «la main de Pékin»,  preuve que le principe «un pays, deux systèmes» n’est pas respecté par le PCC.

Joshua Wong, une lutte incessante pour la liberté des droits de l’homme à Hong-Kong

Joshua Wong est une figure emblématique de la résistance hongkongaise pour la défense des valeurs démocratiques dans l’île de Hong-Kong. Du fait de son engagement, il a fait l’objet de plusieurs arrestations, avant d’être relâché. Le portrait de ce jeune hongkongais de 23 ans, laisse apparaître un personnage déterminé et engagé pour le respect des droits élémentaires humains de son pays.

Son parcours très dynamique est particulièrement surveillé par les autorités chinoises.

À 13 ans, il s’est opposé à la construction d’une ligne ferroviaire entre Hong-Kong et la Chine continentale, persuadé que cette liaison pourrait nuire aux libertés démocratiques de son île et favoriser l’ingérence de la Chine.

À 15 ans, il a contesté l’enseignement patriotique divulgué dans les écoles hongkongaises et a déclaré en 2012 que l’éducation inculquée par le PCC est «un lavage de cerveau qui contrôle la pensée indépendante des élèves».

En se positionnant constamment comme observateur des évènements de son pays, il a vu, comme l’ensemble de la population, le gouvernement hongkongais, glisser progressivement sous le joug du PCC.




En septembre 2014, Joshua Wong alors âgé de 17 ans, est devenu l’un des leaders de la révolte des parapluies, menée par les militants pro-démocrates. (Photo : Pasu Au Yeung [CC BY-SA 2.0])
En septembre 2014, Joshua Wong alors âgé de 17 ans, est devenu l’un des leaders de la révolte des parapluies, menée par les militants pro-démocrates. (Photo : Pasu Au Yeung [CC BY-SA 2.0])
 

En septembre 2014, il est devenu à l'âge de 17 ans, l’un des leaders de la révolte des parapluies. Cette série de manifestations était menée par les militants pro-démocrates qui s’opposaient au projet du gouvernement chinois de limiter la portée du suffrage universel pour l’élection du chef de l’exécutif de Hong Kong.

Cette question a été considérée comme une entaille importante à la démocratie. Ainsi, plus de 100 000 personnes ont défilé dans les rues et la manifestation est devenue la «Révolution des parapluies». Joshua va mettre en place une application mobile intitulé «FireChat» qui sera utilisée par tous les manifestants à cette époque. 

Pour avoir été l’un des meneurs de ce mouvement, il a été condamné à des travaux forcés et à la prison. Les divers autres dirigeants du mouvement ont également été inculpés pour leurs agissements. Certains seront torturés et mutilés par les autorités chinoises. Ainsi, le procès Joshua Wong a été l’objet d’une longue procédure. Finalement après plusieurs années de travaux forcés et plusieurs mois de prison, il a été relâché le 17 juin 2019.

À peine libéré, il va s’engager dans la lutte «contre l’extradition» vers la Chine et demandé immédiatement la démission de la cheffe de l’exécutif, Carrie Lam, ce qui lui vaudra d’être à nouveau interpellé le 30 août 2019 par le gouvernement de Hong Kong. Il présente ensuite sa candidature aux prochaines élections qui se dérouleront le 24 novembre 2019,  sa candidature a été invalidée mercredi 23 octobre 2019.

Devenu la «bête noire de la Chine», il va être de ce fait placé dans le collimateur du PCC.

C’est un personnage jugé impressionnant pour le courage et sa ténacité qu’il met à sauvegarder les valeurs démocratiques de son pays. Certains disent que ses modèles de référence ne sont pas Martin Luther King et Nelson Mandela, mais Ai Weiwei et Liu Xiaobo.

Le rejet de la candidature du chef de la contestation : un acte politique ?

Il faut préciser que c’est sur la base de la notion de référendum pour l’autodétermination de Hong Kong, concept sur lequel Joshua Wong, chef du parti Demosisto,  était lui-même opposé, que la nouvelle directrice du scrutin a basé ses arguments et rejeté la candidature du chef de la contestation. Ainsi, malgré qu’il ait déclaré à la presse ne pas être partisan de  l’indépendance pour Hong Kong,  constitutionnellement rattachée à la Chine, son inéligibilité a été fondée sur cet argument.

De plus, il est fait mention que le chef du parti Demosisto n’avait pas la qualité requise pour participer aux élections, car c’était un agitateur qui a provoqué de nombreux troubles à l’intérieur comme à l’extérieur et a ouvertement attaqué le représentant du pouvoir central.

Kenneth Chan, professeur de sciences politiques à l’Université baptiste de Hongkong a déclaré au journal le Monde : «La disqualification de Joshua Wong est étroitement liée à son profil sur la scène internationale et à son engagement politique, tant à Hongkong qu’à l’étranger. En le privant de toute vie politique à l’avenir, Pékin et le gouvernement le punissent de ce qu’il a fait ».

Les Etats-Unis ont manifesté leur soutien au peuple hongkongais pour la défense de leur liberté et espèrent qu’il poursuivra une contestation non-violente. Cette position agace fortement la Chine. Le président Donald Trump a fait savoir que tout recours à la violence par Pékin, entraînera de graves conséquences sur les échanges commerciaux entre Washington et Pékin. C’est une menace qui n’est pas prise à la légère par le Président américain.

Quoiqu’il en soit, le rejet de la candidature de Joshua Wang s’inscrit dans la politique menée par le gouvernement depuis 2016 de «museler toutes les voix dissidentes».

La presse chinoise a diabolisé le parti Demosisto et son leader, accusés de manipuler le peuple pour faire de Hong Kong un bastion anti-chinois, sous la houppette des Etats-Unis.

Selon Le Monde  du 30/10/19, «La Chine ne pardonne pas à Wong de s’être rendu au Congrès américain à Washington en septembre, pour appuyer un projet de loi soutenant la cause démocratique dans l’île».

Selon une dépêche de l'AFP du 1er novembre 2019, «La Chine a indiqué qu'elle allait améliorer le processus de désignation du chef de l'exécutif de Hongkong, l'une des revendications des manifestants».En effet, les hauts dirigeants du PCC se sont réunis à huit clos cette semaine et ont décidé «d'améliorer le système juridique de Hongkong» pour  la sécurité nationale. Cette procédure d'amélioration n'a pas dévoilé son contenu.

Cette crise risque de connaître d’autres rebondissements, face à un peuple fermement déterminé à garder son privilège de liberté.